Hausse des taux d’intérêt, inflation et ralentissement de l’économie mondiale : qu’est-ce que cela signifie pour les différentes classes d’actifs ? Daniel Rempfler, Head Rates & Emerging Markets, et José Antonio Blanco, CIO Third-Party Switzerland & Head Multi Asset, s’expriment sur la situation actuelle.

Jusqu’à récemment, c’est TINA (« There’s no alternative ») qui s’appliquait. Cela a changé avec le revirement des taux en 2022. Au lieu de TINA, nous parlons aujourd’hui de TARA (« There are reasonable alternatives »). Les marchés sont plus équilibrés, quoique plus volatils, et les prix actuels du marché reflètent mieux les données économiques fondamentales qu’il y a deux ans. Cela permet une répartition plus efficace des ressources et permet aux investisseurs de prendre des décisions plus rationnelles.

La hausse des taux d’intérêt et ses conséquences

Après la longue période de taux négatifs, la hausse des taux d’intérêt et des écarts de crédit a entraîné une renaissance du « Fixed Income ». Mais il est clair que le resserrement brutal de la politique monétaire de l’année dernière a d’abord eu des conséquences drastiques pour les investisseurs obligataires. Aux Etats-Unis, les rendements des emprunts d’Etat n’ont jamais été aussi bas depuis la fin des années 1970. Depuis, la situation semble nettement plus favorable et la fin du revirement des taux se profile. En conséquence, les rendements sont positifs dans de nombreux segments d’obligations depuis début 2023, en particulier pour les obligations en francs suisses. Et cela devrait rester le cas pour le reste de l’année, en particulier pour les segments haut de gamme.

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La hausse des taux d’intérêt et des écarts de crédit a entraîné une renaissance du ‹Fixed Income›.

Une évolution similaire est observée chez les actions. Le rapport entre les obligations et les actions devrait également permettre de gérer à nouveau le risque de portefeuille. Certes, de nombreux investisseurs partent du principe qu’il existe une corrélation négative entre obligations et actions. Mais dans les faits, le juste prix est déterminé par les flux de trésorerie actualisés. La principale différence réside dans le fait que les obligations présentent généralement des flux de trésorerie stables, tandis que les actions ont des flux de trésorerie variables, liés à la croissance des bénéfices. En cas de hausse ou de baisse des taux d’intérêt, et toutes conditions égales par ailleurs, obligations et actions évolueront dans la même direction, c’est-à-dire en corrélation positive. Toutefois, si la croissance attendue des rendements change, la corrélation peut s’inverser. Il y a actuellement de bonnes chances que les obligations protègent les investisseurs d’une baisse des actions.

Inflation : rôle des banques centrales et prévisions

Les taux d’intérêt et l’inflation s’influencent mutuellement. Les banques centrales ont longtemps considéré l’inflation comme un phénomène temporaire. Elles ont donc attendu pour relever le taux directeur. Par conséquent, les taux directeurs ont dû être relevés fortement et rapidement, en particulier aux Etats-Unis. Outre la lutte contre l’inflation, les banques centrales ont souvent basé leurs réflexions sur les taux de change, en particulier dans la Suisse fortement exportatrice.

En raison d’interventions sur le marché des devises, la Banque nationale suisse (BNS) a fortement gonflé son bilan ces dernières années afin d’éviter un raffermissement excessif du franc suisse. Cela a longtemps été considéré comme un problème par les experts, mais se révèle aujourd’hui un avantage. Ainsi, l’inflation en Suisse est non seulement nettement inférieure à celle du reste de l’Europe et des Etats-Unis, mais la BNS peut également lutter contre une dépréciation indésirable du franc suisse en vendant activement des devises étrangères, sans devoir relever significativement les taux d’intérêt. Nous partons donc du principe que la BNS ne relèvera plus les taux d’intérêt et que la différence de taux d’intérêt par rapport à l’étranger devrait rester élevée à moyen terme également.

Pour les cinq prochaines années, nous tablons toutefois sur des taux d’inflation des économies occidentales qui seront en moyenne d’environ 70 à 100 points de base au-dessus de la moyenne des dix années précédant la pandémie.

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Outre la lutte contre l’inflation, les banques centrales ont souvent basé leurs réflexions sur les taux de change, en particulier dans la Suisse fortement exportatrice.

Récession ou atterrissage en douceur ?

Compte tenu de l’environnement macroéconomique, on peut s’interroger sur l’impact sur l’investissement. Actuellement, il y a deux opinions dominantes parmi les économistes : certains croient en un « atterrissage en douceur » de l’économie américaine, d’autres tablent sur une récession pour les prochains trimestres. Swiss Life Asset Managers penche plutôt pour la seconde opinion. L’inversion actuelle de la courbe des taux reflète également une telle évolution. Les défauts de crédit à la consommation sont sans doute le meilleur indicateur avancé d’une récession : par le passé, ils ont augmenté un ou deux ans plus tôt. Etant donné que les défauts de crédit augmentent depuis octobre 2021, il faut s’attendre à ce que la hausse des taux d’intérêt et le durcissement des normes de crédit pèsent de plus en plus sur la consommation.

Dans la zone euro, les indices des directeurs d’achat indiquent également un risque accru de récession, en particulier pour l’industrie manufacturière. En Suisse, nous tablons sur une stagnation de la dynamique conjoncturelle.

Source : entretien dans « Sphere », octobre 2023

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